La scolarité en voyage

Parce qu'un voyage ce n'est pas des vacances, nos chers bambins ne peuvent échapper à l'école. Un article dense et, je l'espère, clair pour essayer de tout vous expliquer sur ce difficile sujet !
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Pour commencer, est-ce bien légal de sortir ses enfants du système scolaire ? Eh bien, oui. En France, l'école n'est pas obligatoire, seule l'instruction l'est. Donc, même sans entreprendre un voyage au long cours, on n'est pas obligé d'inscrire ses chérubins dans un établissement scolaire. C'est plus simple, plus rassurant, l'institution est ce qu'elle est mais elle convient à la plupart des enfants, même si tout n'y est pas parfait. Mais lorsque l'on décide de casser les codes, de ne plus vivre en sédentaire, il faut trouver une solution pour se lancer dans cette grande aventure qu'est l'instruction.

Tout d'abord, il faut en avertir à l'avance la mairie de votre domicile et les services de l’Éducation nationale, par courrier envoyé en recommandé avec accusé de réception. Pour faire les démarches, vous pouvez vous appuyer sur la circulaire de l’Éducation nationale n° 2017-056 du 14-4-2017, ou plus simplement sur le site Service public qui présente la procédure de manière synthétique. Vous trouverez également sur internet des modèles de courrier fournis par des associations qui soutiennent l'Instruction en Famille (IEF). Ce courrier consiste en une simple déclaration à laquelle la mairie et la Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale (DSDEN) doivent vous répondre. Lorsque l'on part en voyage, il faut préciser les dates de départ et de retour afin que les contrôles de l'administration puissent s'effectuer. Si vous n'avez aucune idée de votre date de retour, précisez le. Deux contrôles doivent effectivement être réalisés :

  • Une enquête sociale, faite par la commune, vérifie si l'IEF est compatible avec l'état de santé et les conditions de vie de la famille ;
  • Un contrôle pédagogique organisé par la DSDEN, plus tard pendant l'année scolaire, assure que l'enfant reçoit bien une instruction et qu'il acquiert des connaissances.

En ce qui nous concerne, la réponse de la mairie s'en est tenue à une poignée de main de Monsieur le maire devant le portail de l'école, ravi de discuter de notre projet qui mettait un peu de piment dans la vie de notre petite commune. L'enquête sociale s'est donc limitée à cet entretien informel fort sympathique. Pour ce qui est du contrôle pédagogique, nous avons reçu des convocations au mois de février et des rappels au mois d'avril alors que j'avais signalé à plusieurs reprises par courrier, par téléphone et par mail que nous partions de septembre à juillet ! Finalement, le problème s'est résolu par téléphone à la fin du mois de mai. Il a fallu, évidemment, écrire un énième courrier pour exposer la situation. En revenant en juillet, il était trop tard pour effectuer le contrôle pédagogique. Les enfants ont été réinscrits à l'école dans leur classe d'âge, dans leurs anciens établissements scolaires, sans souci et sans aucune vérification de leur niveau !

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La réglementation précise que "L'instruction ne doit pas nécessairement respecter les programmes de l'Éducation nationale pour chaque niveau, la famille choisissant librement les moyens et méthodes d'atteindre ce niveau. De plus, l'enfant n'est pas soumis aux évaluations nationales de CE1 et de CM2." Le contrôle pédagogique doit pouvoir constater que l'enfant progresse et que l'instruction qu'il reçoit l'amènera à maîtriser les exigences du socle commun à ses 16 ans.

Mais, ne pas suivre le programme de l’Éducation nationale fait peur à beaucoup de monde. En tout cas, à nous, ça nous fichait bien la trouille ! Comment nos enfants pourraient-ils reprendre en établissement scolaire au retour, auraient-ils le niveau pour suivre, pour se présenter à des examens, pour choisir une orientation si on ne suivait pas les programmes ? Trop de questions en suspens pour cette première expérience en IEF, donc nous n'avons pas hésité bien longtemps et avons suivi les instructions officielles. Néanmoins, il y a de nombreuses façons d'instruire ses enfants en famille même en restant dans le cadre donné par l’Éducation nationale.

On peut choisir une éducation formelle (avec cahiers, manuels, exercices à faire assis à une table) ou informelle (apprendre de l'autre, de soi, et de son environnement, sans les manuels scolaires) ou une combinaison de ces deux modèles. Si on fait du formel, on peut choisir de souscrire à des cours par correspondance avec ou sans suivi (évaluations à rendre avec notation à la clé, ou pas).

De notre côté, nous avons vite éliminé les cours par correspondance (CPC) pour leur coût élevé et, a priori, leur manque de souplesse. Avec le CNED, impossible de récupérer les cours avant la rentrée scolaire, des évaluations à rendre dans toutes les matières, la nécessité d'avoir une connexion internet stable pour télécharger les leçons et exercices ainsi que pour renvoyer des devoirs alors que nous ne savions pas si nous aurions toujours du réseau. Nous n'avons pas démarché d'autres organismes ou associations ne sachant même pas qu'il y avait d'autres possibilités. En réalité, il y en a de nombreuses, nous l'avons appris pendant le voyage ou au retour. Il existe, entre autres, les Cours Legendre, les Cours Pi, tous deux plus onéreux que le CNED, ou Pass-éducation qui, en tant qu'association, propose des packs complets pour le primaire à un prix défiant toute concurrence ainsi que de nombreuses ressources gratuites. Mais nous n'avons aucun retour à formuler sur la qualité de tous ces CPC puisque nous ne les avons pas testés.

Nous avons opté pour une instruction formelle en utilisant le programme officiel fourni par l’Éducation nationale, que nous avons passé au crible avant de partir et, de temps en temps, pendant le voyage, surtout pour l'aîné en classe de 4ème. Arrachage de cheveux garanti ! Et, pour avoir une banque d'exercices toujours à portée de main, nous sommes partis avec 2 cahiers multi-matières de 2 éditeurs différents pour chacun de nos enfants. Nous avions choisi la collection Tout Savoir chez Hatier et Pour Comprendre chez Hachette qui proposent des leçons, des exercices applicatifs et des corrigés. Notre préférence va au premier, le second ayant un fascicule correctif truffé d'erreurs. Il y a de nombreuses ressources gratuites sur internet mais nous n'y avons presque pas eu recours. Nous n'avons fait aucune évaluation formelle pendant l'année, seulement contrôlé les acquis par interrogations orales régulières, une petite question l'air de rien de temps en temps...

L'éducation informelle a pris naturellement sa place pendant le voyage. Nos visites et rencontres ont permis à nos enfants d'en apprendre autant qu'en formel dans des tas de domaines différents. Nous avons consolidé ces apprentissages en tentant de les réutiliser dans de nouvelles situations lorsque c'était possible. Ainsi, l'observation pendant plus d'une heure d'un bernard-l'hermite nous a donné l'occasion d'initier le plus jeune au dessin d'observation, les visites de l'est et du sud des États-Unis ont permis de faire un exposé sur l'esclavage, thème que les copains d'école avec lesquels il était resté en contact, avaient aussi traité sous un autre angle, un plan à l'échelle du camping-car fait travailler la technologie pour l'aîné, etc...etc... Les possibilités sont infinies.

Pour vous rassurer avant de partir, rien de mieux que de lire des témoignages ou de rencontrer des familles qui pratiquent déjà l'IEF. Il existe de nombreuses associations référencées sur internet et surtout des groupes facebook très dynamiques. Faites une recherche avec le terme "IEF". Vous pouvez y associer votre département et vous trouverez ainsi des familles qui exercent ce mode d'instruction près de chez vous.

De nombreuses expériences sont relatées en ligne dans la rubrique témoignages du site Pass-éducation.

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Une routine s'installe vite dans le voyage pour laisser du temps à l'instruction formelle. Nous avons rapidement constaté qu'il était difficile de mettre les enfants au travail l'après-midi ou après une journée de route. Par ailleurs, impossible pour nous d'avoir le regard trop longtemps rivé sur les cahiers pendant les trajets au risque d'avoir le mal des transports. Il était donc exclu de travailler en roulant. Bilan : l'école, c'est le matin de 9h00 à 10h30 ou 11h00, cela dépend des jours.

Avec 1h30 à 2h de classe, nous voulions supprimer les week-ends et les vacances scolaires. Nous avons eu droit à une manifestation en bonne et due forme qui nous a amené à revoir notre emploi du temps. En clair, nous avons dû céder... D'accord, pas classe le samedi, ni le dimanche, et des vacances scolaires comme tout le monde. Nous avons juste reporté la période normalement chômée pour les fêtes aux quinze derniers jours de janvier où nous recevions de la famille, et avons donc supprimé les deux semaines de février.

Ce planning a subi quelques entorses... Pas de cours lorsqu'une grosse journée de route est prévue, si l'on veut être tôt sur un site, si la nuit a vraiment été mauvaise. De rares journées ont été consacrées intégralement aux apprentissages scolaires pour "rattraper" ces manquements à nos obligations.

Papa et maman ont retroussé leurs manches et participé à parts égales à la tâche. La répartition s'est faite naturellement en fonction de nos appétences pour telle ou telle discipline.

Les apprentissages formels et informels faisaient aussi l'objet de discussions, parfois animées, autour de la table du salon pendant la cuisson ou le repas. Quelques heures de plus pour apprendre sans s'en rendre compte !

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Quel bilan tirer de cette expérience ? Ce n'est pas facile tous les jours, non ! Oh ça non ! Nos enfants savent nous dire ce qu'ils pensent et ne prennent pas vraiment les gants pour nous envoyer dans la figure leurs états d'âme. Pourtant ils sont très respectueux et ne se permettraient pas de faire une remarque déplacée à l'école. Nous nous sommes vite rendus compte que, même en "endossant" la casquette de l'enseignant, nous restions leurs parents. De manière inconsciente, je crois que nous ne sommes pas devenus des professeurs légitimes à leurs yeux tout de suite en assumant ce nouveau rôle. Ils ont souvent douté, remis en question nos affirmations, surtout notre cadet. Au moins, je crois qu'on peut dire qu'ils ont l'esprit critique ! C'est une bonne chose, c'est justement un acquis à obtenir dans le socle commun de compétences ! En même temps, nous avons eu l'impression qu'ils se mettaient une pression de dingue, bien plus qu'à l'école, pour ne pas décevoir papa et maman. Pourtant, il ne nous a pas semblé être plus exigeants que d'habitude dans les devoirs à la maison.

Si l'aspect relationnel est parfois complexe dans ce nouveau mode d'instruction pour nous, cela a toutefois été très simple d'arriver au bout du programme scolaire. Avec 1h à 1h30 de classe, Nathan, alors en CM1, avait fini son programme (toutes les matières) au mois de février et Clément, avec 1h de plus que son frère, avait terminé sa 4ème au mois d'avril. Ils ont donc passé les mois restants en révision pour consolider les acquis. Nous avons rangé livres et cahiers définitivement à la mi-juin. Finalement, ils ont eu raison de râler pour le maintien des week-ends et des vacances ! Et puis, à vrai dire, les parents en ont eu autant besoin que les enfants...

Au retour, ils ont été réinscrits dans les mêmes établissements scolaires qu'avant notre départ, dans leur classe d'âge. Donc en 3ème pour Clément, en CM2 pour Nathan. Aucun soucis pour le niveau scolaire, ils réussissent brillamment et peut-être même sont-ils plus à l'aise encore. Mais il est vrai que nos enfants ont toujours eu des facilités à l'école.

Même si cela n'a pas été évident tous les jours, même s'il n'est pas facile de concilier voyage itinérant à durée limité avec temps scolaire, même si on a eu envie de balancer les cahiers par la fenêtre du camion de temps à autre, nous avons trouvé l'expérience de l'IEF très enrichissante . A tel point qu'on en arrive à se demander parfois s'il ne serait pas mieux de poursuivre l'école à la maison aujourd'hui que nous sommes de retour. Deux heures de travail par jour à la maison contre sept à huit heures dans un établissement scolaire pour en arriver au même résultat ? Cela laisse songeur... Nous comprenons désormais le choix que font de nombreuses familles de se charger de l'instruction de leurs enfants alors que nous ne savions même pas que cela était possible avant d'y être confrontés pour ce projet de voyage au long cours. D'ailleurs je (Carine, la maman) reste très proche des groupes facebook IEF et de l'association Pass-éducation pour laquelle j'écris quelques articles de temps en temps, même si les enfants sont, pour l'instant, inscrits en établissement scolaire.

Si c'était à refaire ? On saute tout de suite. Plus aucune inquiétude pour la scolarité. Il est fort probable que nous continuerions de la même manière pour le cadet au collège, avec certainement un peu plus d'informel encore, et que nous prendrions un CPC dans le futur pour l'aîné au lycée, le niveau scolaire étant plus élevé. On trouverait toujours un moyen pour l'inscrire aux examens (ambassade, retour ponctuel en France). De l'internet, il y en a dans le monde entier maintenant. Si on est coupé trop longtemps, alors on resterait le temps qu'il faudrait à la prochaine étape avec du réseau pour travailler. Cela suppose donc d'adopter encore plus un mode de voyage lent, sans se mettre de pression pour faire tel pays en tant de jours, telle ville en tant d'heures, qui laisse le temps de profiter sans se sentir oppressés par les obligations scolaires. Toutes nos inquiétudes de départ ont été balayées par les facilités que nos enfants ont eu à assimiler leur programme scolaire en plus de tous les enseignements du voyage. On a beau le lire dans de nombreux témoignages de voyageurs, on est certain que l'on n'a pas fait de bêtise pour leur avenir qu'après avoir vécu l'expérience.

Si nous n'avions qu'un conseil à vous donner, ce serait celui-là : la scolarité de vos enfants ne doit pas être un frein à l'aventure. Foncez !

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familyinjordan

partage d'expérience très intéressant! merci..

Merci pour ce témoignage !

Nous sommes en train d'organiser une année en Asie et c'est vrai que l'instruction de notre fille est un "gros dossier" pour moi... C'est rassurant de voir que tout finit par se mettre en place naturellement (même si les cahiers ont parfois de furieuses envies de passer par la fenêtre apparemment !!).

Est-ce que vous vous étiez poser la question d'intégrer vos enfants dans des structures "locales" si vous deviez rester plus longtemps à un endroit ?

Un grand merci pour votre réponse 😀 !!Concernant le groupe Facebook, je ne l'avais pas encore celui-là... demande bien envoyée 😉.

C'est vraiment inspirant de voir que les horizons qui nous semblent nouveaux ont en fait déjà été visités ! Je me nourris de tout ça en ce moment, et rien qu'avec ça, le voyage commence déjà !!

Je vous souhaite plein de belles choses !

Coralie

:-D !!

Très belle journée à vous aussi !!

Coralie

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