Voyager en camping-car, liberté ou galère ?

Vivre pendant les vacances ou pour un temps plus long dans un camping-car demande une vraie adaptation. Avantages et inconvénients de ce mode de vie itinérant, notre avis en quelques mots.

Autant de véhicules que de voyageurs

Lorsque le voyageur s'imagine la vie en camping-car, sa vision est souvent faussée, plus proche du mythe que de la réalité.

Il peut s'imaginer avec son petit van dormant en pleine nature dans les plus beaux spots du monde. Il peut aussi être effrayé par l'image du gros camion encombrant parqué avec ses congénères dans des aires sans charme. Et au final, rien de tout cela n'est totalement vrai ni totalement faux.

La grande famille des voyageurs en véhicule de loisir (camping-caristes, vanlifers ou autres aventuriers en véhicule aménagé de toute sorte), regroupe une multitude de personnes aux univers très différents, avec des véhicules aux antipodes les uns des autres dont le confort va du plus spartiate au plus grand luxe. Et, quel que soit le choix du véhicule, tout n'y est jamais parfait ou épouvantable, certains y trouveront leur compte, d'autres jamais. Seule l'expérience le décidera.


La liberté d'aller et venir ?

La première raison qui incite à acheter un véhicule de loisir, quel qu'il soit, est souvent le fait de penser qu'on pourra partir où on veut, quand on veut. C'est presque vrai ! Mais pas tout le temps...

Peut-on partir n'importe quand ? Oui, sans aucun doute. Le fait de trimbaler son propre toit offre cette immense liberté de pouvoir partir en expédition sans avoir eu à réserver des mois à l'avance. Il fait beau ce week-end ? Dès le vendredi soir, on enfourne toute la famille dans le véhicule, quelques fringues, les restes dans le frigo et hop on y va, en route pour l'aventure !

Mais peut-on aller partout ? Ça, c'est pas gagné.

Pour les plus jeunes ou aventureux, rien de mieux que le petit van, pas plus volumineux que certaines grosses cylindrées, permettant de se faufiler un peu partout et donc de se fondre plus facilement dans n'importe quel décor. Si sa hauteur ne dépasse pas les 2 mètres, il passe sous la majorité des barres de hauteur (problème récurrent en France, pas forcément à l'étranger). C'est la vraie liberté !

Mais dès l'instant où l'on choisit un véhicule avec un peu plus d'espace intérieur, du fourgon aménagé à la hauteur supérieure à 2 mètres aux camping-cars poids lourds, c'en est fini du côté passe-partout, plus de possibilité de se glisser sous les barrières de limitation de hauteur et attention aux aventures sur terrain accidenté ou trop souple, le poids n'est déjà plus le même et on peut vite se retrouver enlisé !

Donc non, on ne peut pas toujours s'arrêter où on veut. Il y a beaucoup de limitations de la part des municipalités en France, surtout celles qui sont très touristiques. Ainsi, quel que soit le choix du véhicule, il sera souvent très difficile, voire impossible, de se rendre sur certaines côtes prisées et notamment pendant la haute saison, à moins de se rendre dans une aire pour camping-cars ou au camping, qu'il aura parfois fallu réserver à l'avance.

En somme, on est libre de partir où on veut quand on veut, à condition d'accepter de choisir sa destination en fonction de ces contraintes : dimensions et autonomie du véhicule, réglementation des municipalités, saison touristique, infrastructures du pays visité. Cela limite les possibilités. Il vaut mieux en avoir conscience pour ne pas déchanter dès la première escapade. Car, même lorsque l'on est des camping-caristes habitués à rechercher le bivouac, le plaisir de l'aventure peut être gâché quand on se trouve dans un pays peu réceptif à ce mode de voyage. Par exemple, l'est des Etats-Unis n'est pas la destination la plus aisée pour voyager en camping-car si on ne veut pas aller au camping tous les soirs !

Retrouvez quelques unes de nos mésaventures à la recherche du bivouac en Amérique dans notre récit de voyage !


Le confort d'avoir sa maison sur son dos  ?

Tout d'abord, soyons clair, net et précis, on ne vit pas en camping-car comme dans une maison, malgré toutes les améliorations techniques que les nouvelles technologies ont pu apporter à ce genre de véhicules.

L'espace intérieur du van est plus adapté aux voyageurs seuls ou en couple, le niveau de confort et d'autonomie est limité et le voyage dans des contrées froides y est souvent compliqué, l'isolation dans ce genre de véhicule étant plus proche de la toile de tente que du RT 2012. Pas de douche, des toilettes portables casées dans un placard, peu d'espace de rangement. L'esprit Vanlife, très en vogue de nos jours, a donc lui aussi ses inconvénients même si son image est plutôt aguichante.

On peut donc se tourner vers des véhicules un peu plus gros pour gommer ces défauts. Les fourgons aménagés et autres camping-cars compacts ont des volumes qui permettent de profiter d'un confort plus agréable comme les WC et une salle de bain, des lits parfois plus grands et des équipements de cuisine plus complets. Certains peuvent même s'adapter à une famille même si on pourra y ressentir une certaine exigüité.

La capucine, modèle familial par excellence

On peut aussi passer sur des catégories plus hautes et plus longues comme les capucines, pas les plus jolies à voir mais si intéressantes pour les familles de par leur volume, les grands profilés ou intégraux qui plaisent beaucoup en ce moment grâce à leurs nombreux équipements qui frisent parfois même le luxe. Mais plus le véhicule est grand, plus il sera compliqué de faire des escapades hors des sentiers battus.

Abordons le sujet de l'autonomie. Si l'on est un inconditionnel de la douche quotidienne voire bi-quotidienne, il faut laisser tomber le van ou accepter de s'installer dans un camping tous les soirs. Certes, on peut trouver de temps à autre des douches froides extérieures, surtout en bord de mer et en haute saison, mais à la longue, il faudra opter pour la coupe G.I. ou la mode rasta pour s'adapter.

En optant pour le fourgon, le profilé, la capucine ou l'intégral, l'agrément d'une petite salle de bain avec douche est déjà un luxe. Mais, là encore, il faut être réaliste. Pas question de se prélasser un quart d'heure sous l'eau chaude deux fois par jour, surtout en famille, à moins de brancher le réservoir directement sur un robinet. A titre d'exemple, un pommeau de douche économique dans une maison permet de ne consommer que 6 litres d'eau à la minute. Ramené à la perspective d'un camping-car, quinze minutes sous la douche réparties entre tous les membres de la famille, équivaudrait à sacrifier un réservoir d'eau d'environ 100 litres ! Étant donné que la plupart des véhicules ne sont souvent vendus qu'avec un seul réservoir de ce gabarit, le temps de lavage devra donc être revu largement à la baisse et optimisé au mieux.

Mais avec un peu de discipline et d'expérience et en gonflant ses réserves pour atteindre les 200 litres d'eau, on peut gagner une certaine tranquillité de vie et s'assurer une autonomie jusqu'à cinq-six jours pour une famille de 4 personnes.

Autre objet de dépendance et de stress par moment, l'électricité. On est entièrement dépendant de batteries de 12V qui alimentent la cellule en lumière, font tourner le chauffage, permettent d'avoir de l'eau dans les robinets, font fonctionner la carte électronique du frigo qui sans ça, s'arrête, sans oublier les recharges diverses et variées de tous les appareils électroniques qui hantent notre quotidien (téléphones, tablettes, appareils photo, ordinateur). Alors oui, en roulant, l'alternateur du moteur recharge en partie ces chères batteries, mais dès que l'on se pose quelques jours, attention à la panne. Des panneaux solaires sont maintenant installés sur tous les camions mais leur puissance est souvent limitée - autour des 100W dans la plupart des cas. Pour faire simple et ne pas se lancer dans des calculs obscurs et alambiqués, cet élément permet de tenir la charge lorsqu'il fait beau, que les journées sont longues et que l'on est pas trop énergivore. Par contre, en hiver, si le temps est couvert, que le chauffage tourne à fond et que les enfants ont un peu trop joué sur leurs écrans, il peut arriver que le réveil du matin se fasse dans une glacière, tout le système électrique s'étant mis à l'arrêt - voir notre expérience du premier de l'an de cette année. Il faut alors démarrer le moteur pour pouvoir relancer un minimum les éléments de survie, puis prendre rapidement la route pour faire tourner l’alternateur ou trouver une borne électrique afin d'y brancher le véhicule. Cela n'arrive pas très souvent mais ça arrive, il faut d'ailleurs opter en priorité pour une deuxième batterie auxiliaire dans le camion, en cas de panne de la première et surtout, pour augmenter sa capacité énergétique.

Dernier élément devant faire l'objet d'une attention particulière, le gaz. Dans un camping-car, beaucoup d'éléments peuvent tourner sur ce combustible : la plaque de cuisson, le chauffage, l'eau chaude et le frigo. Suivant le type de véhicule, les capacités de stockage en gaz vont de 6kg à 26kg. En été, avec deux bonbonnes de 13kg, un temps clément et moins de trois heures de cuisine quotidienne au gaz, on tient largement le mois. Toutefois, en hiver, en altitude, elles sont consommées dans la semaine. Donc, mieux vaut avoir le système qui bascule automatiquement d'une bonbonne à l'autre dans ces cas là afin d'éviter le réveil en pleine nuit avec 2°C dans l'habitacle.

Parlons maintenant confort de vie. Quand salon, cuisine, bureau, chambre(s), salle de bain, toilettes et rangements sont contenus dans un espace de moins de 15m², il faut faire preuve d'un minimum d'organisation et faire une croix sur quelques agréments.

Notre intérieur pendant nos escapades nomades

Tout, dans un camping-car, est réduit en taille à la portion congrue. La douche par exemple, reste un espace exigu où l'on a plus le sentiment d'être une sardine en conserve que sa cousine en plein océan !

En cuisine, il faut souvent se contenter d'un plan de travail pas plus grand qu'une planche à découper, d'un évier si peu profond qu'éviter éclaboussures et inondations est un exploit, d'une plaque de cuisson au gaz pas plus puissante qu'un réchaud, d'un frigo à absorption, plutôt limité en production de froid en pleine canicule, et oublier aussi micro-ondes, robots ménagers et autres appareils à haute puissance énergétique qui assommeraient votre batterie en moins de deux.

Pour le sommeil, il ne faut pas se plaindre, les dimensions sont plutôt larges maintenant dans la plupart des véhicules qui ont même pour certains des lits king size de 160 sur 200. Seul inconvénient, les matelas ne sont pas très épais et souvent très fermes et, pour ceux qui dorment dans une capucine, il ne faut pas oublier que le plafond est à seulement 60cm au dessus de la tête. En cas de réveil en sursaut, carambolage assuré.

Pour la partie détente au salon, oublions l'envie de vouloir s'avachir, il faut partager au mieux les quelques banquettes à disposition. A deux, on a de la place, à quatre ou plus, on se tient chaud.

Qui dit exigüité dit promiscuité. Quand on part en famille, difficile d'envoyer les enfants dans leur chambre quand il leur arrive de se chamailler ( bien sûr, c'est exceptionnel ! ) ou qu'ils vous sortent par les yeux (c'est encore plus rare, bien évidemment ! ). Au mieux, ils se renferment dans leurs lits superposés au fond du véhicule en vous faisant sentir par leurs regards tristounets ou courroucés leurs émotions du moment. Seul échappatoire, vivre dehors. Mais quand le temps n'est pas de la partie ou que vous êtes garés dans un coin tout sauf idyllique genre parking de supermarché, c'est difficile à faire.

Le véhicule de loisir offre donc un certain confort plus ou moins fastueux. Mais des contraintes spécifiques rythment le quotidien : s'approvisionner en eau, vidanger les eaux grises et les toilettes, et donc trouver les lieux proposant ces services, s'assurer d'être autonome en énergie, trouver le bivouac du jour, faire des courses très régulièrement compte tenu de l'espace de rangement restreint, utiliser des laveries de temps en temps ou laver son linge à la main... Vivre en camping-car, c'est aussi apprendre à être économe et à éliminer le superflu de nos modes de vie. Des contraintes qui peuvent vite transformer les vacances en cauchemar lorsqu'on n'y est pas préparé.


Être chez soi partout dans le monde ?

À l'ouest des États-Unis, en s'approchant de Yellowstone

Le camion, quand l'expérience se passe bien pour toute la famille, est un repère sécurisant qui devient un cocon rassurant pour tous. Chacun a ses affaires bien rangées dans les placards, comme à la maison. Rien à voir avec des valises que l'on transporte d'hôtel en hôtel ou de location en location. On est chez soi, dans ce petit espace, dans ce petit nid décoré à son goût.

Il est assez incroyable de voir comment les plus jeunes s'y adaptent avec facilité, s'y sentent à l'aise quelque soit le lieu où l'on s'arrête et se l'approprient après seulement quelques jours. Ayant vécu un an à bord de notre capucine en Amérique, nous nous sommes souvent rendus compte qu'une fois les portes fermées, les volets tirés, même sur les parkings les plus déprimants et bruyants qui soient, nous nous sentions bien dans notre petite cellule, les uns avec les autres, dans notre petite bulle. Et, quel sentiment de plénitude lorsque, en plus, le cadre est idyllique, le temps au beau fixe et qu'aucun nuisible volant ne nous agace ! On est proche du paradis !



Alors finalement,  liberté ou galère le voyage en camping-car ?

Au vu du portrait plutôt sévère mais pourtant réaliste que nous venons de vous faire de la vie en camping-car, il faut aussi que nous vous parlions de ce qui le rend aussi cher et indispensable à nos yeux.

L'itinérance qu'il permet est pour nous, son principal atout. Peu importent les galères, les kilomètres passés à chercher bivouacs, eau ou stations de vidange.

L'envie de voir du pays, de se lever chaque matin devant un autre panorama, de plier bagage dans la minute si l'envie s'en fait sentir, est un luxe sans pareil que n'offrent que très peu d'autres formes de voyage.

Si poser son camping-car pour la nuit peut demander une certaine expérience et comporte son lot de contraintes, le choix, toujours nous en incombe : si le coin n'est pas terrible, on peut toujours essayer plus loin, si on a trouvé le spot de rêve, on peut en profiter quelques jours. C'est cette part d'imprévu qui fait aussi le charme de l'itinérance et du voyage en véhicule aménagé, quel qu'il soit.

Bivouac à l'ouest des Etats-Unis
Aire de camping-car à New-York
Bivouac en Floride
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Parenthèse nomade - Le livre

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Bonjour,

C'est avec un grand intérêt que nous avons découvert votre blog et votre approche du camping-car.

Nous sommes camping-caristes depuis de nombreuses années. Nous sommes partis avec les enfants sur de plus courtes périodes que vous (maxi 1 mois). Néanmoins, il nous en reste de très bons souvenirs avec nous aussi quelques péripéties techniques mais cela fait partie de la vie en camping-car !

Depuis que nous sommes à la retraite, nous partons plus longtemps mais nous n'avons pas fait l'expérience d'un aussi long séjour que votre voyage en Amérique du Nord. Au bout de 3 mois, nous avons ressenti une certaine saturation. Qu'en est-il en onze mois ?

Merci d'avoir partagé votre expérience.

albertetmartine

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